Le Supplément au voyage de Bougainville, un classique !

Il y a des livres qui amènent à la réflexion, qui nous font sortir de notre zone de confort et qui peuvent remettre en question certains de nos fondamentaux, que ce soit personnel ou dans un sens plus large, mœurs d’une société toute entière. Aujourd’hui, découvrons le Supplément au voyage de Bougainville !

Le contexte historique: 

A l’orée des Grandes découvertes maritimes, le choc des civilisations fut terriblement problématique et empli d’une certaine crainte de part et d’autre des populations concernées. L’Europe civilisée du XV au XIX siècle eut la plus grande peine à assimiler de tout nouveaux us et coutumes venus d’ailleurs. L’inconnu, le “sauvage” étant considéré comme inférieur, ce choc des civilisations a tourné au fiasco et pour la plupart d’entre nous, il est plus aisé aujourd’hui de se rendre compte de la bêtise humaine de l’époque.

Différentes manières de vivre, de parler, de manger, de se vêtir, des lois communes différentes (ou même absentes), une organisation sociétale différente, un rapport aux autres mais aussi un rapport homme/femmes différent sont autant d’éléments nouveaux et incompris de la part des européens d’alors. Que ce soit en Amérique ou en Afrique, en Asie ou en Occitanie, les populations natives de ses contrées lointaines étaient synonyme de bizarrerie, de sauvagerie et/ou même considérées telles d’étranges créatures venues d’ailleurs.

L’analyse des européens fut donc très brève : ils ne sont pas comme nous, ils ne peuvent être la création de Dieu. Car oui, la religion était ô combien importante et présente dans les mœurs et l’organisation des sociétés européennes d’alors. Ainsi, tout ce qui ne ressemblait pas de près ou de loin aux “standards” définis sur le vieux continent devait forcément être inhumain, voire même animal. Le terme sauvage est d’ailleurs très vite apparu dans les premiers témoignages qui ont suivi les premières découvertes, et s’est ensuite démocratisé pour devenir le mot qu’il convenait pour désigner ces peuples inconnus. Bêtise.

Épigraphe en début de lecture: 

” Ah ! Combien la nature, riche de ses propres dons, nous donne des conseils meilleurs et tout différents, pour peu que nous réglions notre vie et ne mêlions pas le mal et le bien. Crois-tu que ce soit une même chose de souffrir par sa propre faute ou par celle des circonstances ? “

Présentation d’un classique

Le “Supplément au voyage de Bougainville” à été écrit par un homme que l’on ne présente plus, Denis Diderot. Nous sommes au XVIIIè siècle, lorsque qu’en 1771 le navigateur Louis-Antoine de Bougainville fait paraître son “Voyage autour du monde”. On y découvre, entre autres, les “mœurs simples et la vie sexuelle libérée” des habitants de Tahiti : ce monde exotique fait rêver à l’heure où les sociétés européennes prônent la retenue, la discrétion, la pudeur, etc. Quelques années après la mort de Diderot paraît la version finale du “Supplément au voyage de Bougainville”, plus qu’un simple compte rendu, c’est une véritable confrontation d’idées et d’idéologies. Aussi, une remise en question sur la société d’alors, un désir de travailler en profondeur sur les réelles motivations qui poussent les hommes à se complaire dans des lois bonnes ou mauvaises et non moins restrictives, de retenues et de non-communion avec la nature, tout le contraire des gens de Tahiti ou règne alors la liberté sexuelle et de mœurs.

Par des dialogues entre A et B — procédé littéraire qu’affectionne tout particulièrement Diderot — mais aussi par l’échange entre un Aumônier et Orou, un tahitien, l’écrivain tente de déchiffrer les mécanismes d’une société tahitienne dite “sauvage”, du moins non civilisée. Une certaine critique à l’égard des gens d’église et leurs restrictions, mais aussi envers une société qui régit tous les faits et gestes d’un être, Diderot propose et soutient le besoin de réformer les lois. En effet, bien conscient de la difficulté voire même l’impossibilité des sociétés européennes à revenir en arrière afin d’être en harmonie totale avec la nature et délivrer l‘être de restrictions et d’interdictions superflues, le livre propose non pas d’abolir toutes les lois mais du moins de trouver une solution plus en adéquation avec les besoins de l’homme, et d’une société dite corrompue et faussement ordonnée.

Diderot propose une réflexion sur les fondements des lois et ajoute, via l’interlocuteur B:

“Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu’on les réforme; et en attendant, nous nous y soumettrons. Celui qui, de son autorité privée, enfreint une loi mauvaise, autorise tout autre à enfreindre les bonnes.

Il y a moins d’inconvénients à être fou avec des fous, qu’à être sage tout seul.”


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